Un habitat inhabituel

Être propriétaire: c’est le rêve de beaucoup de gens. Mais peu aspirent à rejoindre une communauté bigarrée. C’est pourtant le cas de Sarah Widmer. La Bernoise et sa petite famille ont trouvé leur famille de cœur.

Tout aurait pu devenir bien calme dans cet endroit auparavant si animé d’Urtenen. Une ancienne ferme délaissée. Un restaurant aux portes closes. C’était sans compter l’arrivée de Sarah Widmer (33 ans) et des siens. Quatre autres familles les ont rejoints. Aujourd’hui, 27 personnes, dont 6 enfants, font revivre cette bâtisse. L’édifice aux charpentes en bois n’a jamais connu autant d’effervescence depuis sa construction en 1755.

Lorsque plusieurs familles s’installent dans une grande maison, finissent-elles par former une seule famille? «En un sens oui, répond Sarah Widmer, nous sommes plus qu’une colocation, nous sommes une famille de cœur. Voilà qui nous décrit plutôt bien.» Les personnes qui se sont trouvées ici, sur le Plateau bernois, cherchent une communauté, sans pour autant renoncer à une certaine individualité. Or, l’ancienne ferme offre à la fois des espaces communs aux belles dimensions et sept unités d’habitation, chacune pourvue d’une kitchenette.
 

Un rêve devenu réalité

Sarah Widmer, musicienne professionnelle originaire de Köniz, y vit avec son conjoint et leur fille. Ils s’y sont installés fin octobre 2020. L’intérieur du bâtiment venait d’être entièrement réaménagé. «Nous avions déjà l’habitude de vivre en communauté», explique la jeune femme. Avant Urtenen, ils habitaient avec une dizaine d’autres camarades à Bolligen. D’abord à deux, puis avec leur petite fille aujourd’hui âgée de trois ans.

«Plus qu’une colocation, nous sommes une famille de cœur.»

«Nous avons toujours rêvé de devenir propriétaires et de ne plus payer de loyer», poursuit Sarah Widmer. Après de longs préparatifs, l’ancienne ferme d’Urtenen leur a permis de réaliser leur rêve. Ils y vivent avec leurs camarades de Bolligen et de nouveaux membres, qui sont venus les rejoindre. La communauté attire beaucoup d’intéressés, mais il faut examiner soigneusement leur motivation et leur adéquation avec le projet. Cohabiter en restant chacun de son côté ne fonctionnerait pas. «Il est certainement important d’avoir envie de convivialité», précise Sarah Widmer.

Les enfants en particulier profitent beaucoup de ce style d’habitat, bien différent de celui de la cellule familiale classique. «Cet environnement leur ouvre l’esprit. Ils expérimentent les choses différemment.» Sa fille y est tellement habituée que, lors de vacances à trois, il arrive qu’elle demande: «Mais où sont les autres?» Le mélange des générations est aussi très enrichissant. La tranche d’âge de cette joyeuse tribu va de quelques mois à 65 printemps. Pour Sarah Widmer, cela permet de faire évoluer les rôles de chacun. «D’une certaine manière, les enfants ont toujours des grands-parents dans les parages.» Elle aussi apprécie ces échanges. «Où ailleurs qu’ici aurais-je la possibilité de discuter dans la cuisine avec un jeune de 16 ans et d’en savoir plus sur sa vision du monde?»

  • Cette ancienne ferme située à Urtenen abrite une communauté bigarrée.

  • Les habitants ont à cœur de passer du temps ensemble.

  • Derrière ce concept d’habitat à Urtenen se cache un énorme travail: la ferme a été rénovée de fond en comble.

  • Cette communauté tient à vivre en accord avec le développement durable.

Moins c’est plus

C’est l’une des aspirations partagées par les membres de cette communauté: réduire à l’essentiel. Pourquoi une maison aussi vaste ne devrait-elle accueillir qu’une seule famille? Gérer l’espace de manière durable, c’est primordial pour Sarah Widmer: «Nous préférons partager plutôt qu’acheter sans arrêt.» Une perceuse pour 25 personnes, cela suffit amplement. Trois à quatre voitures aussi. En communauté, on affronte mieux les défis du quotidien. «Il y a pratiquement toujours un volontaire pour garder notre fille à la dernière minute», poursuit la chanteuse qui est habituée aux horaires irréguliers, tout comme son conjoint, également musicien.

À bien des égards, leur forme de cohabitation ressemble à n’importe quel foyer. Durant la journée, les lieux sont parfois plus calmes: qui est en âge de travailler se rend au boulot ou étudie. Ceux qui restent à la maison vaquent à leurs occupations. «Chez nous, tout le monde ne touche pas à tout, précise Sarah Widmer, chacun s’engage plutôt là où il peut être le plus utile.» Les habitants se répartissent en différents groupes chargés de la cuisine, du jardinage ou de l’informatique par exemple.

«Grandir au sein d’une communauté ouvre l’esprit des enfants.»

Quant à Sarah Widmer, elle aimerait à terme organiser des manifestations culturelles dans la maison. Elle fait aussi partie de l’équipe responsable des provisions. «Notre cave ressemble parfois à un petit magasin.» Autre avantage très concret: lorsque le ménage est réparti entre tant de personnes, on a suffisamment de temps à consacrer à ses envies. La relation parents-enfants occupe une grande place. «Je peux m’investir plus intensément que si je devais abattre les tâches ménagères toute seule», confirme Sarah Widmer. Pour autant, les différents travaux demandent plus d’effort. «Cuisiner pour 20 personnes me prend une demi-journée.»

Il faut aussi beaucoup de temps pour que les habitants tranchent ensemble sur différentes questions ou acquisitions. «Nous discutons parfois vraiment longtemps», explique la jeune femme. Elle poursuit en riant: «Nous ne voulons pas de décision à la majorité. Nous préférons le consensus.» Une chose fait d’ailleurs l’unanimité depuis longtemps dans cette grande tribu hétérogène: de nouvelles perspectives s’ouvrent à ceux qui ont le courage de changer d’habitat… et d’habitude.

Texte: Marc Perler

À propos

Sarah Widmer (33 ans) a grandi à Köniz dans une famille de quatre enfants. Chanteuse professionnelle, elle s’est formée à Lucerne, Rostock et Zurich. Aujourd’hui, elle a agrandi sa famille en rejoignant une communauté haute en couleur, avec son conjoint, le chanteur et compositeur Christoph Trummer, leur fille Emilia et vingt autres personnes aux aspirations similaires.

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