Mode de vie des familles suisses d’aujourd’hui

Les formes de vie familiale évoluent. Elles exigent des pouvoirs publics d’établir de nouvelles règles. Mais sont-elles réellement utiles aux parents et aux enfants? Quatre familles témoignent.

La famille est une institution dont l’évolution marque la société. Les enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain, ils sont les dépositaires des valeurs de leur famille. Pas étonnant dès lors que la politique familiale soit un sujet récurrent à droite comme à gauche. Les partis tentent de séduire les électeurs par des propositions censées faciliter la tâche des parents. En même temps, les modèles de vie familiale se diversifient, engendrant de nouveaux besoins.

La famille patchwork

La naissance de Sue a chamboulé la vie professionnelle de la famille Rikli-Hunziker. Le couple était d’avis que Marah ne pouvait pas réintégrer son poste de chef de groupe après 16 semaines d’absence, c’était prématuré. Il avait été décidé pendant la grossesse que les tâches familiales seraient partagées. Marah a choisi de faire une pause dans sa carrière, tandis que Reto travaille trois jours par semaine comme coach et un jour comme journaliste. La famille a pu renoncer jusqu’ici à une crèche, en raison du congé maternité prolongé. Ce n’est pas Nic, le fils d’un premier mariage, qui s’en plaindra.

Jusqu’à récemment, il était placé dans une garderie de la ville de Zurich. L’espace y était exigu, alors que le nombre d’enfants ne cessait d’augmenter. Le gosse de dix ans a commencé à trouver le temps long. En avril, Marah remplira une nouvelle fonction dans la même entreprise, mais son temps de travail sera un peu réduit. «Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis heureuse! On a trouvé une solution sur mesure.» Elle l’est d’autant plus que la petite Sue vient d’être acceptée dans une crèche toute proche. Peut-être que Marah augmentera son taux d’occupation ou que Reto travaillera plus à domicile. «Il va falloir faire quelques calculs», souligne Reto. En effet, qui dit revenu plus élevé dit impôts plus lourds, et moins de réductions de primes, moins de subventions aussi pour la garde des enfants.

«En tant que mère célibataire, je me sens très bien soutenue.»

Marah Rikli

Les deux revenus sont additionnés pour déterminer la contribution à la garde externe des enfants. En ce qui concerne Nic, seul le bordereau d’impôt de Marah fait foi. «En tant que mère célibataire, je me sens très bien soutenue, surtout par la ville de Zurich. Elle subventionne la crèche et m’aide à payer le loyer.» Lors de la séparation, en 2008, elle a obtenu du tribunal une pension alimentaire pour elle et pour l’enfant, si bien qu’au début elle n’a dû travailler qu’à 50%. Plus tard, elle a eu la possibilité de se consacrer davantage à sa vie professionnelle, jusqu’à obtenir un poste de cadre. Elle a exigé de son mari qu’il lui verse un montant inférieur à celui établi par le juge, parce qu’elle gagnait suffisamment d’argent. La naissance de Sue en juillet est venue compléter le patchwork familial. L’enfant a eu besoin de beaucoup d’attention de la part du couple, ils ne le nient pas. La famille doit se souder, il va falloir redéfinir certaines tâches. Reto a bénéficié d’un congé paternité d’une semaine, qu’il a combiné avec des vacances. Il n’en reste pas moins que père et mère rêvent d’avoir un peu plus de temps à eux.

La famille des bons vivants

Annina Roost et Cyrille Massaux mènent une vie comparable à nulle autre. Annina, qui vient d’avoir un deuxième enfant, suit une formation de jardinière d’enfants. Cyrille, graphiste indépendant, complète une formation à la Haute école d’arts. L’un comme l’autre s’occupent du ménage, cuisinent, veillent sur leurs deux garçons, Antonin (3 semaines) et Maurice (2 ans), et tentent de dégager quelques revenus accessoires.

Leur modèle est celui du double soutien de famille, où les partenaires ont à peu près le même taux d’occupation et vaquent ensemble aux tâches familiales. Le fait qu’Annina ait commencé une formation il y a 18 mois est un défi supplémentaire. Jusqu’à la naissance de son premier enfant, cette libraire était employée par une agence de voyages. «Tous les métiers par lesquels j’ai passé ont disparu les uns après les autres.» Assise sur un canapé près du poêle en faïence, elle tient dans ses bras le nouveau-né. On remarque à peine la fatigue de l’accouchement qui remonte à trois semaines. «Cyrille m’a beaucoup aidée pendant la période postnatale, mes parents aussi», ajoute-t-elle. Après la naissance du premier enfant, elle comprend vite qu’une meilleure formation s’impose. Par chance, elle va pouvoir suivre les cours de jardinière d’enfants à temps partiel. En outre, la profession qu’elle s’est choisie lui laisse suffisamment de temps pour sa famille et elle lui permettra de vivre à la campagne. Après tout, «on a besoin partout de jardinières d’enfants».

«On a besoin partout de jardinières d’enfants.»

Annina Roost

Même en planifiant minutieusement les choses, il aurait été impossible de concilier travail et formation sans l’aide des grands-parents. Cyrille travaille dans un bureau partagé non loin de l’appartement, parfois la journée – il lui arrive d’emmener son enfant – souvent le soir ou le week-end. La famille s’en sort, car elle vit chichement. Ils bénéficient de réductions de primes sur l’assurance-maladie ainsi que de la CarteCulture de Caritas, qui donne droit à de nombreux rabais. Étant donné qu’ils s’occupent eux-mêmes des enfants, ils ne touchent aucune subvention pour la crèche, en dépit de revenus très bas. Annina et Cyrille souhaiteraient que les grands-parents puissent percevoir une petite indemnité pour la garde des enfants, pourquoi pas sous forme de déduction fiscale. 

La famille à double revenu

Fredrik et Janine Ullman sortent tous deux de l’École polytechnique fédérale. Une fois ses études d’ingénieur de production terminées, Fredrik a été embauché par une société de biotechnologie danoise. De son côté, Janine travaille pour une entreprise suisse de techniques médicales. Après la naissance de Linn, Janine a pris quelques mois de congé non payé. Depuis qu’elle a retrouvé son ancien emploi, elle est occupée à 80%. Sa fille est placée quatre jours par semaine dans une crèche de Bâle, où vit depuis peu la famille.

Janine reconnaît que c’est «une chance énorme» d’avoir pu récupérer son poste sans travailler à plein temps. «Beaucoup vous diront que quand une femme dans ma position tombe enceinte, on imagine qu’elle va quitter l’entreprise.» Elle entend souvent autour d’elle qu’une mère doit se consacrer uniquement à ses enfants. «Dans ce cas, pourquoi former les femmes», s’interroge l’ingénieure. Fredrik, qui est suédois, a son avis sur la question: «La Suisse est un pays où les structures ne permettent pas aux deux parents d’avoir une vie professionnelle.»

«La Suisse est un pays où les structures ne permettent pas aux deux parents d’avoir une vie professionnelle.»

Fredrik Ullman

Les Ullman versent 3000 francs par an à la crèche. Ils en ont choisi une souple dans ses horaires et ouverte au-delà de 18 heures, au cas où une réunion au travail durerait plus longtemps que prévu. Leurs revenus ne leur donnent droit à aucune subvention. De toute manière, ils ne sollicitent pas d’aide financière. «Je n’attends pas des autres qu’ils paient pour moi», tient à préciser Fredrik. Il souhaiterait cependant que les dépenses soient déductibles du revenu imposable, du moins celles consacrées à la garde des enfants, comme c’est le cas pour les entreprises. S’ils travaillent tous les deux, c’est pour pouvoir assumer ces dépenses et faire vivre la société grâce aux impôts qu’ils paient à l’État.

Les familles avec enfants ne devraient pas être pénalisées parce qu’elles travaillent, surtout quand les revenus sont faibles, parce que «l’investissement dans les femmes ne sert alors plus à rien», pense Janine. Davantage de flexibilité et de meilleures infrastructures seraient bien utiles. Les autorités devraient se montrer plus ouvertes à l’égard des couples où les deux partenaires travaillent. Les écoles et les garderies sont trop éloignées les unes des autres et les horaires continus n’existent pas dans les écoles. Si les possibilités de garde ne sont pas améliorées, comment laisser le choix aux deux partenaires de travailler, en particulier aux femmes? «Après tout, le mariage, la famille et le travail restent les fondements de la société moderne. Donnons un coup de pouce à ceux qui y croient», conclut Fredrik.

La famille traditionnelle

Chez les Signer, seul le modèle est traditionnel: un des parents reste à la maison pour s’occuper des enfants, l’autre a une vie professionnelle. Actuellement, c’est Uwe, le père, qui garde Ari, 3½ ans, et Emma, 1½ an. Depuis l’été, Manuela a repris un 80% en tant que responsable de garderie à Zurich.

La famille habite Küsnacht, dans l’appartement d’une coopérative. Pour les Signer, les enfants passent avant tout. «Nous voulons les voir grandir. Pas question d’en profiter seulement le week-end ou le soir.» La relation au père et à la mère est important pour Ari et Emma. Après les deux accouchements, Manuela a pris un an de congé non payé. Quand elle est retournée au travail, c’est Uwe qui est resté à la maison. Pour cela, il a dû abandonner son emploi de logisticien dans l’événementiel. Les horaires de travail irréguliers, week-end compris, l’auraient empêché de concilier vie professionnelle et obligations familiales. Un temps partiel n’entrait pas en ligne de compte. Il a équipé en matériel de grandes manifestations sportives, comme le Tour de Suisse, et travaillé lors du tournage d’Ironman. Aujourd’hui, il accompagne les enfants à l’école de musique et il est le seul père de l’arrondissement à chanter parmi les nounous et les mères travaillant à temps partiel ou complet: «À cheval sur mon bidet…»

«Rester à la maison avec deux enfants est souvent plus fatiguant qu’aller travailler.»

Manuela Signer

«Parfois, je me dis que ce serait mieux s’il y avait plus de papas comme moi.» En tant qu’homme au foyer, il a l’impression de vivre dans un monde différent, peuplé de mères de famille. Il aimerait que les employeurs proposent plus d’emplois à temps partiel, surtout aux hommes. On demande souvent à Manuela ce qu’elle fait des enfants quand elle va travailler. Elle répond que c’est son mari qui s’en charge. Effet de surprise garanti: «Et il fait aussi la cuisine, le nettoyage et la lessive?» Uwe souligne qu’il en est parfaitement capable. Il regarde un livre d’images avec les enfants, alors que Manuela discute avec la journaliste. Le couple apprécie ce changement de rôles, où on fait le point au moment de la relève. Manuela l’avoue: «Rester à la maison avec deux enfants est souvent plus fatiguant qu’aller travailler.» Ce modèle de vie est un vrai luxe pour les Signer. Comme le salaire de Manuela ne suffit pas, il faut puiser dans les économies. Idéalement, ils aimeraient travailler tous deux à 60% et se partager la garde des enfants.

Seraina Kobler, Nadine Jürgensen

Ce texte est paru le 27 février 2015 dans la Neue Zürcher Zeitung (NZZ). Il est publié avec l’aimable autorisation du journal.

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